Ultra Énergie
Comprendre les CEE

Opération spécifique

Quand aucune fiche ne couvre une opération, le dispositif ne la refuse pas : il demande de démontrer les économies. C’est l’opération spécifique. Elle exige un audit, une situation de référence, un calcul propre au site et un temps de retour supérieur à trois ans, et le Pôle national des certificats d’économies d’énergie (PNCEE) l’instruit dossier par dossier.

Lecture : 5 minMis à jour le 20 septembre 2026

Ce que c’est

L’article R221-14 du code de l’énergie ouvre la délivrance de certificats à « la réalisation d’opérations spécifiques, lorsque l’action n’entre pas dans le champ d’une opération standardisée ». Le ministère y voit un moyen « d’encourager les opérations plus innovantes ». L’ATEE résume la différence : les montants « ne sont pas forfaitisés et sont propres à chaque opération », et « font l’objet d’un examen particulier par le PNCEE ».

La part de ces opérations est faible en volume : 1,9 % des certificats délivrés en cinquième période, contre 89,8 % pour les opérations standardisées, selon la lettre d’information de novembre 2025. Mais chaque dossier pèse lourd, parce qu’il concerne souvent un site industriel ou un réseau.

Le seuil de dépôt est plus bas que pour les opérations standardisées : 20 millions de kWh cumac par demande, contre 50 millions.

Une fiche existe : le forfait s’applique. Aucune fiche : on démontre, et le PNCEE dispose de six mois au lieu de deux.

Ce qu’il faut démontrer

L’annexe 4 de l’arrêté du 4 septembre 2014 liste les pièces. Il faut établir la situation avant l’opération, à partir d’un audit énergétique réalisé moins de quatre ans avant l’engagement, conforme aux cahiers des charges de l’ADEME ou aux normes de la série NF EN 16247 pour l’industrie. Il faut ensuite établir la situation de référence, au sens de l’article R221-16 : l’état du parc pour l’enveloppe, l’état du marché ou la réglementation en vigueur pour le reste. Puis la situation après l’opération, et le volume demandé en kWh cumac.

Deux conditions de fond s’ajoutent. L’article R221-17 exige que les économies « ne compensent le coût de l’investissement qu’après plus de trois ans » : une opération qui se rembourse plus vite est réputée rentable par elle-même et n’ouvre pas droit aux certificats. Le guide de l’ADEME parle de temps de retour brut. Et l’opération ne doit pas viser le seul respect de la réglementation en vigueur (article R221-15).

Le dossier comprend enfin une attestation sur l’honneur signée par le bénéficiaire, attestant du rôle actif et incitatif du demandeur, et, pour certaines opérations, un mesurage après travaux : l’arrêté du 29 décembre 2014 prévoit une durée minimale de six mois, réduite à deux mois quand l’opération représente moins de 20 millions de kWh cumac.

Le guide devenu opposable

Depuis l’arrêté du 18 avril 2025, les opérations spécifiques pour installations fixes « respectent les dispositions du guide technique pour le montage d’un dossier CEE dans le cadre d’une opération spécifique », dans sa version d’avril 2025. Ce guide, rédigé par l’ADEME et relu par la DGEC et l’ATEE, n’est donc plus un simple conseil.

Il donne des repères utiles. La durée de vie de l’équipement est à justifier ; pour l’industrie, elle « se situe généralement entre 10 et 15 ans », et retenir plus de quinze ans demande une bonne argumentation. L’instruction dure six mois « si aucun complément administratif et/ou technique n’est nécessaire ». Et le guide livre un chiffre qui vaut avertissement : 70 % des dossiers expertisés par l’ADEME ont fait l’objet de demandes de compléments techniques, avec une baisse moyenne de 30 % du volume après réévaluation.

Les écueils les plus fréquents, selon le même guide : un audit absent ou de qualité insuffisante, une situation de référence mal définie, une durée de vie erronée ou non justifiée.

Ce que ça change pour vous

Pour un industriel ou un exploitant de réseau, l’opération spécifique est la voie des projets sur mesure : récupération de chaleur, refonte d’un procédé, changement de vecteur énergétique. Elle demande d’anticiper : l’audit et l’étude de dimensionnement peuvent précéder l’engagement, et c’est même souhaitable, mais la contribution du demandeur, elle, doit toujours être formalisée avant l’engagement.

Depuis 2025, une bonification existe pour les opérations spécifiques industrielles relevant du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, quand elles remplacent un vecteur fossile par un vecteur sans émission directe de CO2 : le volume est multiplié par deux, dans la limite d’un plafond lié aux dépenses éligibles (arrêté du 27 mars 2026). Les conditions de dates sont strictes et évoluent ; elles se vérifient dans le texte au moment du projet.

Pour un apporteur d’affaires, le réflexe est de vérifier d’abord s’il existe une fiche : la voie spécifique ne s’ouvre que si aucune fiche ne couvre l’opération, et elle mobilise un bureau d’études.

Les pièges

Sources

  1. Code de l’énergie, art. R221-14 à R221-25
  2. Opérations spécifiques, ministère
  3. Arrêté du 4 septembre 2014, éléments d’une demande
  4. Arrêté du 18 avril 2025, valeur réglementaire du guide
  5. Guide ADEME des opérations spécifiques, avril 2025 (PDF)
  6. Arrêté du 27 mars 2026, bonification des opérations spécifiques industrielles

Pages consultées le 20 septembre 2026. Informations indicatives ; les textes officiels font seuls foi.

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